Description
Au commencement était la violence. Voilà ce que racontent tous les récits de fondation, des sociétés comme de leurs institutions. En littérature, cette violence agit constamment, par diverses voies, mais elle devient manifeste et véritablement critique dans ces moments particuliers de crise que sont les «polémiques».
L’institution littéraire québécoise ne fait pas exception dans ce processus séculaire; son récit constitutionnel est aussi marqué par la violence et la lutte, comme l’atteste ici l’analyse minutieuse d’un «événement» repérable autour de 1918: le conflit entre les régionalistes et les exotiques. Pourquoi parler de ce conflit? Parce qu’il permet de saisir l’institution littéraire au tout début de son organisation, alors qu’elle s’apprête précisément à tracer les frontières et à définir ses aspirations comme ses interdits. Aussi parce que les enjeux soulevés dans ce débat demeurent curieusement actuels.
C’est donc à une radioscopie d’un tel moment que se livre Dominique Garand. À l’aide de quelques théories pertinentes (sociologie, pragmatique, sémantique, psychanalyse) qu’il confronte d’ailleurs entre elles, il tente de rendre au phénomène polémique toute l’importance et la complexité que le journalisme spectaculaire lui fait perdre. La question de base est pourtant simple: comment se passe une polémique et, premièrement, qu’est-ce qui pousse les êtres à polémiquer? Mais cette question entraîne l’analyse bien au-delà des oppositions qui se font valoir dans les conflits; elle oblige à considérer la violence qui accompagne toute prise de parole dont le sort tragique est d’ouvrir simultanément à la communication et au malentendu.
Telle est La griffe du polémique: écorchure de l’être tout autant que sa signature.


Avis
Il n’y a pas encore d’avis.